powered by FreeFind






































NON, A TROIS ANS TOUT N'EST PAS JOUE.

 

Texte dans "pasde0de conduite pour les enfants de 3 ans" Eres Juin 06


S. GIAMPINO


La prévention, en psychologie, est un concept ambigu, une pratique nécéssaire, mais complexe. C'est un art de l'équilibre précaire. Celà se complique encore quand il s'agit de petite enfance. Car comment être vigilant pour saisir l'opportunité d'une aide qui, même ponctuelle est parfois décisive sur le devenir d'un enfant, sans pour autant traquer en chaque enfant naisant le futur névrosé, le futur délinquant qui s'ignore? C'est pourtant ce que les conclusions de l'expertise INSERM sur "les troubles des conduites chez l'enfant"préconisent. Ces conclusions sont eronnées et les preconisations qu'elles induisent sont pathogènes.

LA PRÉVENTION PSYCHOLOGIQUE EST UN RISQUE
Rappelons que jusqu'à la fin du XVIéme siècle, prévenir signifiait:"Aller au devant de quelque chose pour en "hâter l'accomplissement", ce n'est qu'au XVIIème siècle qu'aparaît le sens actuel, aller au devant d'un événement pour en éviter l'accomplissement. Pointons les réminiscences de ce sens premier de la prévention, quand on dit à un enfant grimpé sur un meuble:"tu vas tomber". Et s'il tombe, il s'entend dire "je t'avais prévenu!". A suivre le rapprochement opéré par l'expertise de l'INSERM,entre les "trouble des conduites" pendant la petite enfance et l'avénement de la délinquance plus tard, on procède de la même induction. "Vu son comportement à 36 mois, il risque de devenir délinquant". Et chacun de s'appliquer à redresser le petit opposant, pour plus tard. Une efficace façon d'en faire un révolté ou un transgresseur. Ce que depuis 60 ans les sciences de l'éducation et la psychologie des enfants ont montré.

L'expertise de l'Inserm préconise d'intervenir tôt. Certes. Mais intervenir tôt qu'est-ce que ça veut dire lorqu'il s'agit du psychisme?
Face à une situation donnée, il ne s'agit pas seulement de se demander que faire?Comment faire? Encore faut-il se poser à chaque fois la question:A quel moment ? maintenant ou plus tard? Dois-on provoquer une occasion ou l'attendre en construisant un lien de confiance?

Est-ce intervenir tôt dans l'apparition d'un problème, d'un symptôme? Avant? Pourrait-on prévenir un enfant de l'histoire de sa famille? On s'appuie alors sur une conception psychopathologique du développement de l'enfant. On parle alors de santé mentale.Le postulat étant que les conditions de vie, d'environnement affectif, de santé peuvent perturber son développement ou son équilibre psychologique . C'est cette conception qui a prévalu à la mise en place des secteurs de pédopsychiatrie, à l'ouverture des CMP, CAMSP...dont l'utilité n'est plus à démontrer.

Selon le vieil adage, mieux vaut prévenir que guérir, et plus on intervient tôt plus c'est efficace les experts de l'Inserm participent d'une autre conception de la prévention. C'est celle de la cible. La démarche est issue de l'épidémiologie et de la stastistique portant sur l'études des jeunes délinquants pour beaucoup. L'idée étant de cibler le problème de la délinquance et une population stastistiquement plus susceptible de le rencontrer. On dépiste, non pas le problème mais les critères de risques, et les facteurs qui renforcent sa probabilité d'apparition dans le futur.. Il s'agit donc d'intervenir tôt, mais directement dans la vie de l'enfant. A partir d'une vision psychogénétique de l'enfant où sont mêlés les facteurs héréditaires, biologiques et éducatifs d'une maturation par stades du développement du comportement et des aptitudes. Ce qui suppose une conception très normative de l'évolution d'un petit humain, et son objectivation par l'observation de ce qui de lui est visible. On l'observe donc, avec, ou plutôt à travers, des grilles . Ces grilles, revendiquent de rassembler dans des questionnaires, des éléments repérables de l'extérieur par tout un chacun, parent, soignant, enseignant. Elles rassemblent donc des informations sur le comportement,le développement appartenant au registre social, médical, ethnique...La coupe déborde quand s'y ajoutent en plus des critères moraux. "Absence de remors", "mensonge","besoin de nouveauté" ne change pas sa conduite"s'agissant d"enfant de moins de 4 ans. Sous couvert de bonnes intention, de scientificité, la voie d'une dérive idéologique est offerte. Le carnet de santé, assorti d'un carnet de comportement, un dépistage à 36 mois...dans un projet politique actuel en est bien l'illustration.


Nous savons q'il est impossible d'appliquer en matière de développement de la personnalité les mêmes outils de prévention qu'en matière de santé ou de société . La raison en est simple, ce que l'on pense d'un enfant, influe sur ce qu'il devient. Mais n'influe pas de la même façon d'un enfant à l'autre. On ne peut donc rien prédire si ce n'est que l'on a tout à gagner de soutenir les parents dans une bonne image de leur enfant et d'eux-même. Ce qui sous entend de ne pas les angoisser ni les accuser inutilement. Soutenir la qualité des liens parents-enfants commence par éviter de les détériorer par des interventions précoces intempestives et intrusives, fût-ce en appui sur des stastistiques de probabilité et des études épidémiologiques patentées.

Dans le domaine de la psyché, il faut travailler à partir d' appels silencieux, de signes ténus autant que de symptômes têtus. On peut créer une offre, car on ne peut toujours attendre que s'élabore une demande d'aide ou de soin. C'est par exemple la démarche des centres de PMI, qui travaillent en équipes pluridisciplinaires, avec une conception de la prévention qui est globale à savoir médico-psycho-sociale. C'est aussi la démarche des réseaux d'aide à la parentalité, et celle des lieux d'accueuil parents enfants.C'est la raison de la présence des psychanalystes et des psychologues en maternité ou dans des crèches, ou des puéricultrices qui accompagnent les débuts des liens mère-entant, lors du retour à la maison. Et tant d'autres actions souples, attentionnées, ouvertes, subjectivantes.

PRÉVENIR N'EST PAS PRÉDIRE

Plus les enfants sont jeunes plus leur vécu et leur personnalité sont tissés au vécu et à la personnalité de ceux qui les entourent. Plus aussi ils réagissent avec tout leur être à ce qui leur est donné de vivre. Le tout petit est somato-psychique. Son corps est psychologique et inversement. Un problème de santé transforme son comportement, une tension familiale peut le rendre malade, retarder son développement moteur ou bloquer sa croissance. Celà peut aussi l'accélérer, on a ainsi des enfants trop en avance, très vifs, sous l'effet d'une surmaturation défensive.Ce qui signifie que l'on doit faire attention à ce que ressentent pour l'enfant, ses parents et les professionnels qui l'entourent. Une grille toute seule ça ne mord pas, mais ça donne des idées, “ des PREVENTIONS ” à ceux qui les manipulent, des à-priori à la rencontre qui peuvent produire des effets d’Induction.
Et ça transforme le regard et le projet sur l'enfant , alors ça le transforme lui, dans l'orientation de sa personnalisation naissante.Le regard ça forge l’image inconsciente et consciente de soi avec une grande force. Y compris dans le corps.Le projet pour l’enfant, c'est son inspiration à devenir quelqu'un.
On sait combien les projections parentales, l'enfant imaginé sont le support de « l’éducatif » tout au long de l’enfance. Ca tient à des petites choses en apparence.
Et c'est en celà que la démarche de prévention des experts de l'INSERM est pathogène. en ceci, que de tels discours ont des effets directs sur les relations que professionnels et parents vont entretenir avec tel enfant.
ici, la prévention dans sa version catastrophique de prédictibilité tue la dynamique indispensable du « rêve d’un bel avenir pour son enfant »qui teinte la relation parents-enfants
La « prédiction » calle une buttée dans la fluidité des identifications du tout petit. C’est une buttée iatrogène: la spirale ascendante , aspirante du désir parental « on rêve qu’il devienne... », subit littéralement une perversion dès qu’apparaît le signifiant « risque » :Il risque de devenir ceci ou celà, il y a un risque que...Du côté de l’enfant, il y a un autre mécanisme qu’il est important de rappeler, c’est celui des identifications . La clinique montre bien que l’enfant s’identifie plus fortement aux représentations négatives qu ‘aux projections positives .
L’inconscient manie mal la négation,et l’enfant s’appuie plus sur « la peur » qu’il devienne ceci, ou celà que sur « le désir » qu’il devienne. Depuis la psychanalyse, nous savons que l'enfant s'identifie plus sûrement à ce que l'on craint pour lui qu'à ce que l'on souhaîte pour lui.C'est en celà que l'effet pygmalion se vérifie dans la vie.Et qu'il nous faut avant tout être prudent sur toute prevision qui produit des effets d'auto-validation."le docteur nous l'avait bien dit déjà quand il était petit".
Plus ces projections négatives sont posées, callées tôt, plus elles sont efficaces à faire dépôt, ou point de cristallisation autour duquel d’autres matériaux vont s’accoler, au cour de la vie . C’est un kyste qui grossit
Si c’est surtout pour les bébés que c’est déterminant,c’est à cause du marquage dans la structure à un moment ou le niveau de conscience des enfants est encore diffus et leurs mécanismes de défences mal élaborés . Lors de ces périodes précoces qui préparent la symbolisation, et que l’on appelle aussi l’archaîque il arrive que la structuration subisse des sortes d'entailles, de marquages. C'est pourquoi, si l'on intervient tôt et avec imprudence, les effets négatifs peuvent être" de taille".
Reprenons le critère "mensonges" à 4 ans. C'est pour les experts de l'INSERM l'un des signes du "trouble des conduites". Alors que pour tous les cliniciens le mensonge chez le petit enfant marque l'avénement d'une étape décisive dans la construction d'une solidité psychique. Par son mensonge, l'enfant vérifie qu'il n'est pas transparent, que ses enveloppes psychiques protègent son monde intérieur, et qu'il échappe à l'illusion de toute puissance de ses parents, pas décisif pour renoncer à la sienne.Il ne saura que mieux plus tard renoncer à l'influence des mauvaises fréquentations. Car un enfant influençable c'est justement celui qui n'aura pas pu mener à bien cette découverte. Il sera temps par la suite que l'éducation, sans angoisse surajoutée, lui apprenne qu'il est préférable de ne pas mentir.

POUR UNE APPROCHE MODESTE ET HUMANISTE DE LA PRÉVENTION
Je définirai la prévention psychologique comme étant toute démarche qui consiste à éviter des dommages occasionnés à l’humanité dans la personne. Ceci en prenant soin de sa dignité et en soutenant sa capacité à renouer la confiance.Par humanité, j'entends bien sur le sujet .
Aussi la prévention n’est-elle pas limitée aux institutions dites de prévention, ou de la petite enfance.
Qu’un professionnel ait pour mission d’éduquer, de soigner, de rééduquer, d’aider à naître, à survivre, d’accompagner vers la mort, d’accorder des aides financières... tout professionnel est médiateur de prévention psychologique à chaque fois qu’il s’attache personnellement et collectivement à réduire la souffrance ajoutée et la violence ajoutée.
La prévention ne se contient pas dans les carcans de la temporalité (avant coup, après coup). Elle s’exerce dans tous les lieux qui accueillent des personnes depuis avant leur naissance jusqu’à leur mort et ceci quelque soit l’état physique, psychique et social de la personne.
C'est à cette condition que la prévention psychologique laisse du jeu possible face à la réalité, qui libère un espace de désir pour une relation d’échange entre le professionnel et l’usager.
A chaque fois qu’une telle rencontre a lieu, elle produit un gain d’humanité pour les deux. Et de ce gain d’humanité, il reste toujours quelque chose, pour quelqu’un. Ca pourrait bien être ça l’efficacité de la prévention.
Partout, dans toutes les institutions, dans tous les services, qu’est-ce qu’un professionnel peut faire, à la place qu’il occupe, avec le métier qui est le sien, et les médiations relationnelles qu’il peut forger ? Qu’est-ce que lui-même et avec les autres peut faire pour éviter, amoindrir les dommages causés à l’humanité dans la personne, par l’abandon, la maladie, le handicap, la pauvreté, les catastrophes naturelles, la mort...
Comment soutenir, accompagner et donner sens à cette démarche chez les familles, les équipes et les décideurs des politiques sociales et de santé.
Les organisations sont des outils pour remplir des missions, soigner, accueillir, enseigner, juger... La manière dont ces missions sont remplies, va produire chez les enfants et leur famille soit des effets de violence psychique, soit des effets de prévention psychique.
Une institution qui produit des effets de prévention psychologique est un collectif qui réussira à intégrer du “ UN PAR UN”
L’enfant est “ sujet du verbe ”. Dans son jeune âge, seul le singulier peut se conjuguer au pluriel des autres.Avec les enfants un JE et un TOI ça peut construire un NOUS de complicité et de solidarité. C'est ce qui les socialise . Mais le ON de l’indifférenciation des "populations cibles", et des "grilles de comportements" ne peut que produire chez eux de la division, de la ségrégation ou de l’exclusion.
Se mêler de prévention c’est se prêter à l’illusion désirante qu’on peut changer l’avenir, or la politique c’est précisément construire le futur. Qu’il s’agisse de politique de service, de politique de santé, de politique politicienne, ou d’action citoyenne.
La prise en considération de l’individualité à son niveau le plus profond rejoint le collectif et donc la politique. Quand l’individuel et le collectif s’opposent, c’est qu’on n’est pas allé assez loin dans la réflexion. Souhaîtons que les experts de l'INSERM se remettront au travail sur des bases plus humanisantes.